lundi 24 juillet 2017

Lettres et Carnets


Lettres et Carnets

Auteurs: Hans et Sophie Scholl
Editeur: Tallandier Editions
Traduit de l'allemand, préfacé et annoté par: Pierre-Emmanuel Dauzat
Edition établie par: Inge Jens
Nombre de pages: 368

* Quatrième de Couverture *

"Je viens juste de passer le quintette La Truite sur le Gramophone. Ecouter l'adantino, ça me donne envie d'être une truite. Dans ce morceau de Schubert, on sent et on respire vraiment les brises et les senteurs, on entend crier de joie les oiseaux et la création tout entière. Et la répétition du thème au piano, telle l'eau fraîche, pure, étincelante, oh, quel enchantement." 17 Février 1943.

La veille d'écrire cette dernière lettre, Sophie Scholl, 21 ans, a distribué à l'université le sixième tract de la Rose Blanche, appel à la jeunesse allemande contre Hitler et ses partisans, "qui jettent aux pourceaux les valeurs les plus hautes d'une nation."
Elle est arrêtée le lendemain, jugée et décapitée quatre jours plus tard pour haute trahison, avec son frère Hans, 24 ans, et leur camarade Christoph Probst, 23 ans. Le mouvement d'étudiants de la Rose Blanche ne leur survivra que de quelques semaines.
Sacrifiés volontaires et figures muettes de l'héroïsme au quotidien, Hans et Sophie Scholl sont les premiers nouveaux allemands.
Jusqu'ici totalement inédites, leurs lettres constituent un document unique et bouleversant. On y lit les raisons différentes mais similaires d'un rejet, la montée progressive d'un refus et l'entrée en résistance de deux adolescents libres à en mourir.

"Auriez-vous tué Hitler, si vous en aviez eu la possibilité ?
- Oui, sur-le-champ !"
 
* Mon Avis *

Produits d'un sujet fort, ces intéressantes confidences ne m'ont pas moins parues parfois d'ordre trop privé.

Mais avant de revenir sur le contenu de cet ouvrage, il est important que j'évoque rapidement l'histoire des deux jeunes auteurs.
Hans Scholl et sa petite soeur Sophie ont activement milité, en intégrant la Rose Blanche - groupe de résistants -, contre le régime nazi en envoyant et déposant des milliers de tracts à travers la population, visant d'abord les têtes pensantes, philosophes, artistes et autres professeurs, puis élargissant leur quête aux étudiants puis à chaque habitant, espérant les faire réagir contre l'ignominie du pouvoir en place. Enfants d'un père pacifiste qui avait refusé de servir lors de la Grande Guerre et ne s'empêchera pas de critiquer ouvertement Hitler, ce qui lui valu un séjour en prison, ils déposèrent les derniers imprimés dans leur université et finirent par en lancer dans la foule depuis une balustrade. Rapidement dénoncés, rapidement jugés, ils seront exécutés quelques jours après. Guillotinés pour avoir écrit et partagé des textes contre les horreurs qui sévissaient alors durant cette guerre. Christoph Probst, Willi Graf, Alexander Schmorell et le Pr Huber, tous également membres de la Rose Blanche, vivrons le même destin funeste.

Cette composition regroupe de nombreuses lettres que Hans et Sophie ont envoyés à leurs amis et famille, ainsi que quelques passages de leurs journaux. Au travers de ces écrits, nous apprenons à les connaître, nous faisons une idée de leurs personnalités qui étaient bien différentes l'une de l'autre mais dans lesquelles nous ressentons pareillement leur amour pour leurs proches. Nous les suivons donc dans leurs pérégrinations à travers l'Allemagne, de chez eux, à Ulm, à Munich, en passant par leurs lieux de vacances, au camp de travail pour Sophie et même en Russie ou en France pour Hans. 

S'il est captivant de les suivre, ainsi que de constater l'évolution de leur mentalité, d'abord désinvolte puis peu à peu concernée, j'ai cependant ressenti de la gêne en lisant leurs propos. Je ne pensais pas que ce serait si intime, et cette impression de faire du voyeurisme, lire des confessions personnelles, m'a vraiment beaucoup perturbée. Si je comprend la volonté de l'éditrice de partager ce genre d'écrits pour une meilleure compréhension de ce que vivaient les jeunes en temps de guerre, je pense que certaines confidences auraient dû rester privées (encore plus lorsque l'on lit Sophie demandant expressément au/à la destinataire de la lettre de ne pas la garder !).

Leurs pensées profondes sont partagées dans ces écrits, leurs nombreuses lectures également, qui les aide à ouvrir un peu plus les yeux sur ce qui les entoure, leur quotidien durant leurs services militaire et leurs études nous sont révélés, et tout cela est intéressant. Mais jamais un mot n'est prononcé sur la Rose Blanche et sur leur implication dans le mouvement, seulement parfois sous-entendu (et encore je ne l'aurai pas compris si le traducteur ne l'avait pas spécifié dans ses annotations).

Donc finalement, est-ce que la publication d'un tel ouvrage était nécessaire ? Oui, bien sûr, mais j'aurai préféré que ce soit moins intimiste. Quoi qu'il en soit, on referme cet ouvrage avec des larmes dans les yeux, dégoutés d'un tel verdict (un assassinat, disons-le clairement) envers des personnes qui revendiquaient seulement la liberté.
 
* Parlons Couverture *

Très jolie photo en noir et blanc de Sophie Scholl. Cette coupe de cheveux avantage la jeune fille, je trouve, qui fait nettement moins enfant que lorsqu'elle porte ses cheveux plus longs et sa barrette.

*****
 
Le groupe Mickey 3D a rendu un magnifique hommage au groupe de résistants dans sa chanson "La Rose Blanche", que je vous invite à découvrir ci-dessous:

 



Citations:

* Notre force intérieure est notre arme la plus puissante.

* C'est seulement quand on est obligé de se demander si la patrie signifie autant que par le passé - seulement quand on a perdu la foi dans les étendards et les discours parce que les idées qui ont cours sont devenues banales et sans valeurs - que s'affirme le véritable idéal.

* Comme nous avançons à 'tâtons vers l'avenir, la tendance générale est: vis tant que c'est possible !
Je ne vais pas me plaindre de notre génération, mais elle est vraiment mal partie.

* Si nombreux que puissent être les orages déchaînés au-dessus de nos âmes, nous retrouverons toujours l'équilibre de notre existence.



Suzy B.

  

2 commentaires:

  1. Je suis toujours partagé vis à vis de ce genre de livre. On peut toujours dire que ça n'ennuie plus grand monde autant d'années aprés mais moi ça me gêne un peu. Ceci dit, oui, l'intérêt y est clairement !

    J'avais lu "qui fait nettement moins enfant que lorsqu'elle porte ses cheveux plus longs et sa barbe." J'étais un peu surpris au début^^.

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    1. Oui, je te comprends. Avec les lettres de Jane Austen, ça ne m'avait pas dérangé du tout, mais là j'ai presque fais un blocage, je ne voyais pas toujours l'intérêt de partager certains écrits.

      Ca aurait paru un peu étrange, en effet... Sinon, tu n'aurais pas besoin d'aller voir un ophtalmo', par hasard ?! ^^

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