jeudi 11 mai 2017

Le Magicien sur la Passerelle


Le Magicien sur la Passerelle
Titre original: "Tianqiao shang de moshushi"
Auteur: Wu Ming-yi
Editeur: L'Asiathèque
Traduit du chinois (Taiwan) par: Gwennaël Gaffric
Postface de: Gwennaël Gaffric
Nombre de pages: 272


Je remercie L'Asiathèque pour cette lecture !


Quatrième de Couverture

Sur la passerelle reliant le bâtiment "Ai" (Amour) et le bâtiment "Hsin" (Confiance) du grand marché de Chunghua, à Taipei, un magicien exerce son art. Autour de lui, tout un monde s'active dans de petits métiers. Le narrateur, qui a une dizaine d'années à cette époque-là, tient un stand de semelles face à l'illusionniste. Comme ses camarades, il est fasciné par ses tours, dont certains dépassent la mystification habile du prestidigitateur et semblent mener à de mystérieux mondes parallèles. Devenu adulte et toujours hanté par ce troublant personnage, il interroge ceux de sa génération qui ont pu avoir des contacts avec lui.
L'évocation du souvenir donne lieu à une mosaïque de récits, tantôt drôles, tantôt poignants, où le marché devient le royaume de l'aventure et du fantastique et où se révèlent les rêves et les angoisses existentielles des jeunes Taïwanais de la capitale.
 
Mon Avis

"Le Magicien sur la Passerelle" est un recueil de nouvelles intrigant grâce au traitement de son thème.

La vie au marché de Chunghua est animée. Sur la passerelle reliant deux bâtiments, un mystérieux magicien vend des articles permettant à ses clients de devenir illusionnistes le temps d'un, ou plusieurs, tours. Mais l'homme présente parfois des numéros qu'aucune prestidigitation ne saurait accomplir et attise donc une réelle curiosité des visiteurs. Les enfants du marché sont prêts à tout tester pour comprendre cette magie et se l'approprier, encore plus le narrateur qui, quelques années plus tard, recherche des renseignements auprès de ses anciens voisins et compagnons de jeux ayant été confrontés à ce magicien. Mais dans les témoignages qu'il va recueillir, c'est surtout la vie au marché qui va être contée.

Le magicien du titre n'est pas tant le sujet de cet ouvrage que le marché de Chunghua lui-même. Ce lieu qui aujourd'hui n'existe plus - détruit en 1992 - devient dans les lignes que l'on découvre un "personnage" à part entière et le centre de toutes les pensées partagées dans ce recueil. Le magicien, cet homme si mystérieux - et qui le restera jusqu'au bout - qui dégage un charisme attractif est donc le fil conducteur reliant chacune des histoires que nous lisons, et elles sont captivantes.
Grâce aux confidences des femmes et hommes ayant grandi au marché, nous est dévoilée l'existence rythmée de toute une population, le fonctionnement des divers commerces, mais aussi les espoirs et désillusions de certains habitants. C'est détaillé, vivant et une nostalgie manifeste enveloppe ces récits.
Suivre les personnages au fil des nouvelles fut une expérience assez troublante, car je me suis beaucoup perdue entre eux. Encore maintenant, je ne saurai vraiment dire lequel d'entre eux fut l'instigateur de cette aventure, mais j'ai beaucoup aimé cela puisque le rendu en est d'autant plus énigmatique.

J'ai découvert la plume de l'auteur avec sa nouvelle "Une Histoire de Toilettes", parue dans l'ouvrage "Taipei, Histoires au coin de la rue", et si je n'ai pas retrouvé le côté conteur de Wu Ming-yi dans l'ouvrage ici présenté, j'y ai par contre reconnu des personnages et ai apprécié de retourner au coeur du marché, qui semble être un sujet cher à l'auteur. La vie intime des commerçants et artisans qui façonnent l'endroit est passionnante et instructive.

Ce recueil de nouvelles recèle des idées intéressantes à parcourir et un style qui me plaît bien.



Citations:

* La frimousse innocente d'un enfant est l'un de ces mensonges concoctés par la vie pour donner le courage de survivre.

* "Magicien, est-ce que la magie est réelle ?
- Réelle ? Eh bien, ça dépend ce que tu appelles le "réel" ", avait répondu le magicien.
A-k'a avait secoué la tête pour signifier qu'il ne comprenait pas.
"Je prend un exemple, est-ce que tu crois que la lumière est réelle ?
- Vous voulez dire la lumière du soleil ?
- Eh bien, oui.
- Bien sûr qu'elle est réelle.
- Mai est-ce que tu la vois ?"
A-k'a était resté un moment sans voix, c'était une question trop difficile pour un enfant de cet âge.
" Il y a des couleurs dans la lumière, mais simplement, la plupart du temps, nous ne les distinguons pas. Cependant, quand elle passe à travers certaines choses, ou encore à certains moments, la couleur de la lumière apparaît. Nous pensons que c'est seulement à cet instant précis qu'elle est réelle, et pourtant les couleurs sont toujours là, cachées dans la transparence de la lumière. Tu vois, même un phénomène si simple, les hommes ont mis longtemps avant de pouvoir l'analyser."

* Les histoires ne sont jamais tout à fait des souvenirs, les souvenirs sont des objets fragiles qu'il nous faut aimer et protéger, mais pas les histoires. Les histoires, elles sont en argile, elle naissent là où les souvenirs ne poussent pas; quand une histoire est finie, on passe à la suivante, c'est l'histoire qui détermine comment doit la raconter celui qui la raconte. Alors que pour les souvenirs il suffit de faire attention à la manière dont ils sont stockés, ils n'ont pas besoin d'être racontés. C'est seulement quand l'oubli s'entremêle avec la mémoire que les souvenirs méritent de devenir des histoires.



Suzy B.

  

1 commentaire:

  1. J'ai quelques livres asiatiques mais je ne m'y suis jamais penchés encore. Mais en effet, les marchés semblent plus présent dans leurs vies que dans les notres. Et bien plus animé et donc sujet aux histoires^^.

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