vendredi 31 mars 2017

Sanditon


Sanditon
Roman achevé par une autre dame
Titre original: "Sanditon, A Novel by Jane Austen and another Lady"
Auteures: Jane Austen, Marie Dobbs
Editeur: Le Livre de Poche
Traduit de l'anglais par: Laurent Bury
Nombre de pages: 403

Quatrième de Couverture

En ce début du XIXe siècle où la bonne société anglaise découvre les bienfaits des bains de mer, les Parker se sont mis en tête de faire de la paisible bourgade de Sanditon une station balnéaire à la mode. Invitée dans leur magnifique villa, la jeune Charlotte Heywood va découvrir un monde où, en dépit des apparences "très comme il faut", se déchainent les intrigues et les passions. Autour de la tyrannique Lady Denham et de sa pupille Clara gravitent les demoiselles Beaufort, le ténébreux Henry Brudenall et l'étincelant Sidney Parker, peut-être le véritable meneur de jeu d'une folle ronde des sentiments. Observatrice avisée, Charlotte saura-t-elle demeurer spectatrice ? Le coeur ne va-t-il pas bouleverser les plans de la raison ?
A sa mort en 1817, Jane Austen laissait cette oeuvre inachevée. Une romancière d'aujourd'hui a relevé le défi de lui donner un prolongement. Un exercice mené à bien dans la plus remarquable fidélité, avec autant de tact que de brio.
 
Mon Avis

Si ce roman a quelques défauts, j'ai été très heureuse de retrouver le pure style austenien !

Après que la famille Heywood ait aidé les Parker à se sortir d'un malencontreux accident, ces derniers proposent à la fille aînée de passer l'été en leur compagnie dans leur village côtier de Sanditon. Charlotte Heywood va vite comprendre que les habitants de cette bourgade ont l'intention d'en faire la nouvelle station balnéaire à la mode. Mais les talents d'observatrice de la jeune femme vont être mis à mal à l'arrivée de Sidney Parker, le frère de son hôte. Décrit par sa propre famille comme un blagueur invétéré, Miss Heywood va, en apprenant à le connaître, finir par le considérer comme un véritable comploteur en herbe ! Malgré tout, même si elle le soupçonne de vouloir se faire aimer de Miss Clara Brereton - elle même semblant invraisemblablement attachée à Sir Edward Denham (neveu de la protectrice de Clara, Lady Denham) -, Charlotte va de plus en plus apprécier le jeune homme.

Ah, ce qu'il est compliqué de se faire un avis impartial de ce roman quand on sait qu'il n'est pas à part entière celui de Jane Austen ! En effet, commencé alors qu'elle était malade, la célèbre romancière nous quittera en ayant eu l'impossibilité de le terminer. Marie Dobbs prend le relais en 1997 pour nous offrir le roman que l'on attendait toutes et tous. Et c'est admirablement qu'elle s'empare du style et de l'humour austenien, à tel point que si l'on ne savait pas où Jane Austen a stoppé son récit, on ne remarquerait le changement de plume que par les choix fait par sa remplaçante.
Dès les premières lignes l'on retrouve l'humour incisif de Jane Austen, mais j'ai été étonnée du ton vraiment mordant qu'elle emploie - peut-être est-ce une idée que je me fais, mais je l'ai trouvé plus piquant que d'habitude -, tout comme les longs discours de certains personnages qui les ridiculisent immédiatement; j'ai eu l'impression de découvrir un premier jet que la romancière n'aurait pas eu le temps de reprendre afin de recadrer ses idées. Cette idée m'ayant sautée aux yeux, je me suis rapidement demandé si j'allais apprécier apprécier cette histoire. Puis l'arrivée de l'héroïne à Sanditon m'a fait entrer dans le récit et c'est rassurée que j'ai poursuivi ma lecture sous la plume de Marie Dobbs. Charlotte Heywood est une jeune femme calme, sérieuse et très observatrice. Elle réfléchit plus qu'elle n'agit, ce comportement peut se révéler assez ennuyeux car elle est tout le temps dans la maîtrise de son attitude. MAIS, c'est là que le roman devient intéressant, puisqu'on va observer un changement progressif chez la demoiselle dès l'arrivée de Sidney Parker. Cet homme apporte l'action au récit, il est déroutant et incarne, en fait, le contraire total de notre héroïne: il fait ce qu'il veut, quand il le souhaite ! Il possède un charme et un entrain manifestes qui nous permettent de le suivre avec le sourire aux lèvres, je voulais à chaque instant savoir ce qu'il nous réservait pour la suite. Il va de soi que ses manières ont aussi des inconvénients: on n'apprend jamais vraiment à le connaître car il ne révèle à Miss Heywood que ce qu'il veut qu'elle sache, il est donc très mystérieux mais aussi manipulateur de façon extrême, il paraît tout à fait inconstant. En vérité, il m'a plus fait penser (et en tout point) à ce cher Frank Churchill, que l'on rencontre dans "Emma", qu'à un héros principal comme on a l'habitude de les côtoyer dans les romances de Jane Austen.
Le chapelet de personnages qui les entoure est un véritable délice, un groupe hétéroclite et plaisant de manière exquise qui agit, tout au long du récit, comme on aime à les voir se comporter ! J'ai adoré suivre chacune des excursions organisées par ce groupe, leurs rendez-vous quasi quotidien nous révèlent toujours des faits sur le comportement d'un tel ou d'un autre.
Sanditon et ses environs sont des lieux agréables à parcourir; l'impression d'y faire un vrai voyage, d'avoir réellement été présente en ces parages m'a beaucoup plu !
Finalement, mes plus gros doutes proviennent des choix de Marie Dobbs: d'une part - et c'est le risque en lisant ce genre d'oeuvres inachevés reprises par d'autres auteurs - je n'ai pu m'ôter de la tête de me demander ce que Jane Austen aurait choisi ici ou là; d'autre part certaines situations m'ont interpellées et parues parfois incongrues, et je ne m'attarderai pas sur les évènements ubuesques qui nous conduisent à la fin du récit, ça ne mérite pas de commentaire.

Malgré les quelques mauvais points que j'ai avancés, j'ai vraiment été séduite par la complicité et les échanges entre Charlotte Heywood et Sydney Parker, et il faut féliciter Marie Dobbs pour son courage et son formidable travail d'écriture. J'ai passé un bon moment avec ce roman !



Citations:

* Les demoiselles Beaufort furent bientôt satisfaites du "cercle dans lequel elles évoluaient à Sanditon", pour utiliser l'expression correcte, puisque tout le monde doit aujourd'hui "évoluer dans un cercle"; c'est peut-être à la prédominance de ce mouvement rotatoire qu'il faut attribuer tant d'étourdissements et de faux-pas. (Jane Austen)

* - [...] Rare sont ceux parmi nous qui n'ont pas leurs défauts superficiels et chacun doit compter sur la bonté des autres pour fermer les yeux.
- Mais les gens prennent tant de soin de leurs défauts et en font tant pour les rendre fascinants qu'il serait méchant de fermer les yeux, protesta Sidney. Ils préfèrent qu'on rie d'eux et qu'on les distingue plutôt que d'être perdus dans le lot." (Marie Dobbs)



Suzy B.

 

4 commentaires:

  1. Il est dans ma pal !! tu me donnes envie de le lire... Il est plutôt court donc why not ? ;)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Laisse-toi tenter, il ne te durera pas longtemps, je te le garantie ! ^^

      Supprimer
  2. Pour ce que tu penses du début, je dirais que, si elle est décédé avant de finir le roman, c'est surement un premier jet qui demandait à être affiné. D'où la légére différence de style. Aprés je peux me tromper...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, peut-être, seulement je ne suis plus certaine de sa manière de travailler, si elle corrigeait au fur et à mesure des chapitres terminés ou pas. C'est pour cela que je me pose la question...

      Supprimer